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Perquisitions, auditions, boue médiatique : ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts

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Par Antoine Léaument du Bon sens.

Quelle semaine ! J’ai enfin un peu de temps pour me mettre au clavier et écrire sur le moment si particulier que nous venons de vivre. J’en ressens le besoin. Non pas tant pour en faire le récit que pour faire le point. Après le moment de la surprise puis celui de la colère, voici venu celui de l’analyse. Il faut en passer par là pour clore la séquence et aller de l’avant.
Perquisitions

Le mardi 16 octobre 2018 à 7h30 du matin, on frappe violemment à la porte de mon domicile. BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM. Je dors comme une souche. Ce n’est que péniblement que je sors du sommeil profond dans lequel je suis plongé. BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM BAM. Je me lève et me dirige vers la porte d’entrée.

Je demande qui frappe. « C’est la police ». Il n’y a pas d’oeilleton sur ma porte d’entrée. Je doute. Que peut bien venir faire la police chez moi à une heure pareille ? Je demande ce qui peut me le prouver. On me dit de regarder par la fenêtre. Mais aucune fenêtre ne donne sur le couloir de mon immeuble. Je dis que c’est impossible. Puis on me dit : « Vous êtes bien Antoine Léaument et vous travaillez bien pour Jean-Luc Mélenchon ? ». Je réponds positivement. On me redemande d’ouvrir. J’ouvre.

Quatre policiers entrent dans mon appartement. Quatre grands costauds avec d’énormes sacs à dos noirs. Ils portent un gilet pare-balle. Ils ont une arme à la ceinture ou à l’arrière de leur pantalon. On me montre un papier que je n’ai pas la présence d’esprit de regarder. « Nous venons perquisitionner votre domicile dans le cadre de l’enquête sur les assistants parlementaires de Jean-Luc Mélenchon ». Je demande un instant pour aller mettre un T-shirt et un pantalon. J’étais en caleçon depuis le début de cette scène.

Les policiers s’installent. L’un à mon bureau, l’autre sur la table où je mange, un autre encore sur la table à repasser que je n’avais pas rangée, le dernier commence à fouiller dans mes papiers. D’ailleurs, je ne sais lequel d’entre eux me présente mon propre passeport, qui devait trainer quelque part depuis mon retour de Liverpool. On n’aura même pas pris la précaution de me demander de présenter mes papiers ; on s’en est saisi, voilà tout.

On me demande si je dispose d’ordinateurs et/ou de téléphones. J’indique que oui. Les policiers me demandent de les leur donner. Je les leur donne. Ils commencent à télécharger mes données. Je n’ai pu, avant cela, passer aucun coup de fil. Ni à Jean-Luc Mélenchon, ni à mes parents, ni à un avocat, ni à personne. Je ne sais donc rien de ce qui se passe ailleurs. Et me voici en train de prendre mon petit déjeuner avec un policier armé à ma table. Scène surréaliste.

Puis on me rend une partie de mon matériel. J’envoie quelques messages pour informer mes collègues. Et je comprends rapidement l’ampleur de l’opération policière. Je demande aux policiers si je peux contacter un avocat pour connaître mes droits et ce que je suis censé faire dans ce genre de situation. Ils hésitent. Ils me disent que oui mais qu’il n’a pas le droit de venir. J’appelle. On discute brièvement.

Il me vient alors une question. Je demande aux policiers si la presse est informée de cette opération. L’un d’eux me dit, avec un sourire, que si elle ne l’était pas, elle l’est désormais. Il me montre son téléphone. J’y vois Jean-Luc Mélenchon en direct sur Facebook en train de montrer la perquisition qui se déroule à son propre domicile. Je regarde les vidéos déjà réalisées pour savoir ce qu’il a dit. Je prends alors vraiment et pleinement conscience de l’ampleur de l’opération et de son caractère politique.

La perquisition s’éternise. On a pourtant cessé de fouiller dans mes papiers. Je demande ce qui prend tant de temps. « Le téléchargement de vos mails », me dit-on. Je demande combien ils en téléchargent. « 55 000 ». Je suis abasourdi ; « 55 000 ?!? ». « Et encore, me dit-il, nous ne prenons que de 2009 à l’été 2017 ». Je demande pourquoi on prend mes mails depuis 2009 alors que je n’étais pas militant et que je n’ai commencé à travailler pour Jean-Luc Mélenchon qu’à partir de 2013. Réponse molle. Je dis qu’ils auraient dû me demander avant et que ça nous aurait à tous évité de perdre du temps. Je demande pour combien de temps il y en a. « On en est à 17 000 sur 55 000 », me dit-on.

C’est cette opération-là qui, au final, aura duré le plus longtemps. Régulièrement, je demande où on en est. Puis ça bloque à 21 600. Et ça n’avance plus. Il est 14h et on me dit qu’il y en a encore sans doute pour quatre à cinq heures de plus. Je n’en peux plus. J’ai juste envie de sortir de chez moi et d’aller aux côtés de mes camarades insoumis qui sont au siège du mouvement.

Et soudain ça se débloque ! Une opération a permis de tout télécharger d’un coup. On me dit que je vais pouvoir sortir. C’est pas trop tôt ! Sentiment étrange : me voilà presque soulagé que des inconnus aient enfin fini de télécharger ma vie. Les policiers rangent leur matériel. Ils me font signer un procès-verbal qui ne détaille rien de ce qu’ils ont pris comme données numériques. Je ne sais pas ce qu’ils ont pris de ma vie. Je sais juste qu’ils ont pris beaucoup. Et bien plus que ce qu’exigerait le seul cadre de leur enquête.

Avant de partir de chez moi, ils me remettent une convocation pour une audition au tribunal de Nanterre le lendemain à 10h. Puis ils s’en vont. Il est 15h. Leur opération aura au final duré 7h30. Et encore : avant d’arriver chez moi, ils ont toqué à la porte de plusieurs de mes voisins parce qu’ils ne trouvaient pas mon appartement. Imaginez les relations de voisinage après cela. Que peut bien avoir fait monsieur Léaument pour que la police le recherche à 7h00 du matin ?

(…)

La suite ici :Le Bon Sens

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